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10/10/2016

Un livre coup de poing sur les thérapies géniques

photo Agnès DuperrinAndré Choulika en est convaincu, la génétique a (presque) fini de guider notre destin. André Choulika, dont le nom vous est peut-être inconnu, est ce chercheur à la tête de la start-up de biotechnologie française Cellectis qui a fait parler d’elle il y a quelques mois en sauvant une petite fille sur le point de perdre sa lutte contre une leucémie résistant à tous les traitements. Comment ? Par une simple injection de cellules dont l’ADN a été modifié grace à des « ciseaux moléculaires ». « Simple », je m’entends… Un bijou de technologie plutôt ! La petite Layla, 8 mois, était condamnée. Elle est aujourd’hui vivante, et grandit chez elle. L'espoir de Cellectis est de créer comme pour Layla des médicaments fondés sur un certain type de globules blancs, les cellules T qui jouent un rôle majeur dans le processus d’identification et d’élimination de cellules cancéreuses. Ici, les cellules T ingénierées expriment des Récepteurs Antigéniques Chimériques ou CAR pour exploiter la puissance du système immunitaire et cibler et éradiquer les cancers. 

La presse et la famille ont évoqué un miracle. En fait, c’est le début d’une nouvelle façon de soigner, qui va révolutionner notre santé, explique André Choulika, à l’enthousiasme communicatif. Et pas seulement notre santé, mais aussi la façon de cultiver les aliments qui nous nourrissent et peut-être même de trouver un nouveau carburant pour nous déplacer, décrit-il dans ce livre parfaitement accessible sans notion de biologie.

Si « Réécrire la vie, la fin du destin génétique » m’a fait l’effet d’un coup de poing, c’est qu’il a de sérieux arguments pour nous faire prendre conscience que les choses sont bien plus avancées qu’on ne l’imagine dans ce domaine. Ici il ne s’agit plus seulement de guérir mais aussi de « corriger » la nature, ce que l’auteur appelle « le destin ». Ce n’est pas pour après-demain, à peine pour demain, mais presque pour ce soir ! Les techniques sont là, même s’il faut encore les perfectionner, les rendre accessibles y compris financièrement. Regardons les choses en face: les chercheurs connaissent désormais la recette pour remplacer un gène défectueux par sa version active (et voilà bon nombre de maladies génétiques qui pourraient être guéries : mucoviscidose, myopathie, hémophilie, leucodystrophie…), ou un gène défavorable par sa version inoffensive (et voilà que l’épée de Damoclès au-dessus de la tête des porteurs de l’anomalie génétique s’éloigne). Avec toutes les questions que cela pose sur les risques d’eugénisme, et cela donne le vertige.

Le roman d’anticipation qui constitue le premier chapitre du livre est à ce titre éloquent. Il y est question de Joseph, porteur d’une prédisposition génétique augmentant le risque d’un Alzheimer précoce, qui doit bénéficier (ou subir, selon l’angle d’observation que l’on choisit, car a-t-il vraiment le choix ?) d’une chirurgie du génome pour réparer son ADN. Oh pas grand-chose, une petite intervention en ambulatoire, mais aux effets majeurs puisqu’il s’agit de toucher au patrimoine génétique hérité de ses parents. En un chapitre, André Choulika brosse le portrait d’une société chamboulée de A à Z par ces nouvelles pratiques médicales. De l’anticipation, bien sûr, dont la plupart d’entre nous ne verrons pas la concrétisation. Mais tout de même : en un livre, on prend conscience de l‘état d’avancement de la science. Et c’est aussi enthousiasmant qu’effrayant !

Réécrire la vie, la fin du destin génétique, d’André Choulika. Ed Hugo Doc 2016 - 17€

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